LA FACE CACHÉE DU TUEUR EN SÉRIE, TODD CHRISTOPHER KOHLHEPP : révélations par le non verbal

Analyse basée sur une VIDÉO 3m53 : cliquez ici pour la visionner

Todd Christopher Kohlhepp, un agent immobilier âgé de 45 ans et fiché comme délinquant sexuel depuis 1987, a été arrêté jeudi en Caroline du Sud pour avoir séquestré une femme qu'il avait enchaînée. Kohlhepp a reconnu être l'auteur de sept meurtres, dont un quadruple homicide non élucidé commis il y a 13 ans.

Analysons les réactions non verbales de ce meurtrier, dans une vidéo diffusée sur Independent Mail (USA Today Network). Celui-ci se voit refuser le cautionnement pour le meurtre de quatre personnes, lors de l'audience au centre de détention du comté de Spartanburg en Californie, le dimanche 6 novembre 2016.

Fait particulier, nous analyserons cette personne... de dos.

Comme nous avons un individu qui a les mains menottées et qui ne peut se déplacer, car il doit écouter les recommandations du juge et du procureur de la couronne, nous travaillerons sur l’analyse de l’axe de tête[1]. Il faut savoir que même avec peu d’éléments, il est possible d’analyser des points importants.

En synergologie, la dimension triple de l’axe de la tête est prise en considération : l’axe sagittal, l’axe latéral et l’axe rotatif. Ils ont chacun trois positions de mouvement et peuvent se combiner pour un total de vingt-sept axes de tête. Nous allons nous concentrer sur les trois axes de base.

Voyons rapidement l’interprétation des axes purs sur trois niveaux :

  • l’axe rotatif (la tête tourne vers la gauche ou vers la droite) : position reliée au propos; 
  • l’axe latéral (la tête penche vers la gauche ou vers la droite) : position reliée à la relation avec l’autre;
  • l’axe sagittal (la tête qui lève et qui descend) : position reliée à la relation hiérarchique. 
Photo 1 Christine Gagnon Kohlhepp

Dès le début de la vidéo, nous pouvons voir que Kohlhepp est en écoute empathique avec le juge. En effet, son axe de tête latéral gauche en miroir avec le juge (tête qui tombe vers l’épaule gauche – photo 1) nous dévoile un désir de rester en contact avec celui-ci, lui démontrant un certain lien d’empathie. Dans la situation, il est plutôt rare qu’un détenu aussi dangereux démontre ce genre de lien relationnel positif avec celui qui pourrait l’inculper à tout jamais. Nous suggérons donc qu’il soit en stratégie de communication «pour gagner les faveurs» du juge.

Cette hypothèse de départ doit être confirmée ou infirmée par les autres indicateurs sur le corps, sur la période donnée, soit 3m53, durée de la vidéo.

Regardons l’état intérieur de Kohlhepp à travers les microdétails. Dans son axe horizontal, nous pouvons voir que son épaule gauche est légèrement plus haute que la droite, démontrant un état de stress émotif intérieur. Il faut tout de même se demander si elle paraît surélevée à cause de la tête, mais en principe, si la tête penche à gauche, l’épaule devrait être plus basse si la personne se sent détendue, ce qui n’est pas le cas.

Photo 2 Christine Gagnon KohlheppLorsque le juge laisse la parole au procureur et qu’il ne regarde plus l’accusé, l’axe de la tête de Kohlhepp change soudainement. Il débute en axe sagittal supérieur (photo 2), indiquant du défi et de la domination et termine en un léger axe latéral extérieur droit, c’est-à-dire en rigidité, s’éloignant ainsi du procureur. Ceci nous indique un changement dans son mode de communication, passant d’un syntonique gentil et aimable (axe latéral gauche) à un conquérant intouchable (axe sagittal supérieur – 0m11) et terminant sa course en vigilant (axe latéral extérieur droit – photo 3).

Photo 3 Christine Gagnon KohlheppNous pouvons voir qu’à plusieurs reprises, lorsque le procureur a la parole, Kohlhepp lève le menton en signe de défi. À 1m06, quand le juge se remet à parler, l’accusé se repositionne en axe latéral gauche, venant ainsi confirmer sa stratégie de manipulation. L’axe latéral droit revient lorsque le procureur reprend la parole (1m45) ainsi que l’axe sagittal supérieur (1 :51).
 

Lorsque le juge demande à l’accusé s’il veut dire quelques mots, celui-ci répond «not this time, Sir» en baissant la tête, c’est-à-dire en axe sagittal inférieur, signe d’une position basse et d’un désir de montrer qu’il est mal à l’aise de la situation.

Cette position basse contraste avec l’axe sagittal supérieur qu’il a à quelques reprises, indiquant le contraire de son véritable état intérieur, c’est-à-dire celui qui n’a pas peur des propos ni de la réaction des autres.
 

Quand il répond aux questions du juge, il parle d’ailleurs avec un ton de voix très bas, presque chuchoté, mais la façon dont il marque sa prononciation en appuyant ses mots avec un débit rapide nous révèle que son état corporel est beaucoup plus dynamique que sa voix ; il se contrôle devant le juge faisant ainsi profil bas.

En conclusion, les éléments d’analyse du langage corporel de Todd Christopher Kohlhepp ont démontré qu’il privilégiait stratégiquement un faux rapport empathique avec le juge et que son réel état intérieur était plutôt sur le mode de la confrontation, marqué par de l’assurance et de la domination.

[1]Head Movements Encode Emotions During Speech and Song.Livingstone, Steven R.; Palmer, Caroline. Emotion, Oct 26 , 2015

ANALYSTES
Julie Salvador, Synergologue et coach de voix
Christine Gagnon, Synergologue, experte en communication non verbale
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