James B. Comey révèle-t-il toute l’information dont il dispose? Son non-verbal décortiqué

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Les premières minutes
La première étape est d’analyser l’état général de James Comey lorsqu’il s’assoit devant les journalistes et écoute M. Burr, le président d’assemblée. Cela nous donne une idée de la stratégie qu’il désire adopter durant l’entrevue.

Habituellement, notre position initiale sur la chaise est un indicateur de la perception que nous avons du déroulement de la rencontre à venir. Une fois bien assis, nous pouvons évaluer notre environnement et ainsi nous adoptons la deuxième position en fonction des nouvelles données recueillies.

Lors de ces premières minutes, M. Comey reste complètement stoïque (PHOTO 1). Son axe de tête sagittal neutre (menton bien droit) dénote sa confiance. Cette tactique a souvent pour but de ne pas donner d’indication non verbale qui pourrait être mal interprétée.

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Le contrôle du discours

Puisqu’il lit son discours lors de l’introduction, nous analyserons la partie suivante, c’est-à-dire celle de l’entrevue. Lorsque notre tête est occupée à gérer le discours, le corps n’est pas libre de bouger. Nous pouvons voir la différence, car il se mettra à bouger dès qu’il aura terminé de lire. Il sera donc facile de repérer les moments où M. Comey sera moins spontané dans ses réponses, son corps deviendra immobile.

Les clignements de paupières
Nous clignons des paupières de 15 à 20 fois par minute environ . Monsieur Comey cligne régulièrement des paupières depuis le début, ce qui indique qu’il est présent et à l’écoute (clignement neurocognitif qui a pour but d’intégrer l’information). Il part rarement dans sa mémoire à la recherche d’informations, qui semblent être claires dans son esprit. Si sa stratégie avait été d’apprendre ses réponses par cœur afin de mieux contrôler l’information, nous aurions vu une nette différence dans le clignement des paupières, qui auraient soudainement arrêté de battre le temps de «réciter» son texte.

Dans les moments où M. Comey réfléchissait avant la fin de la question, nous pouvions vérifier la spontanéité de ses réponses par le rythme inchangé de ses mouvements, du clignement redevenu régulier durant sa réponse et de son axe de tête qui restait bien droit vers son interlocuteur.

Une émotion forte
Monsieur Comey a une réaction intéressante lorsqu’il explique avoir eu le doute qu’il se passait quelque chose d’étrange (42 :58), du fait que l’avocat général Jared Kushner prenait son temps pour quitter une rencontre. À ce moment, il s’est dit qu’il devait se souvenir de tous les détails. Nous partageant qu’il ne connaissait pas bien Monsieur Kushner, il double-cligne des paupières (clignement psychoaffectif indiquant une émotion forte). Il présente également son axe de tête rotatif droit (côté droit du visage en avant), démontrant une certaine mise à distance par rapport au fait qu’il ne le connaissait pas. Ceci nous amènerait certainement à adapter notre questionnement et obtenir une information plus claire sur son émotion qui était surprenante. Observer les mouvements du corps nous permettra de mieux questionner parce que la direction des gestes a un sens, parce que le rythme des mouvements est important, parce que le choix de la main est important .

Un autre moment de l’entrevue semble véritablement dévoiler de son intérêt intellectuel (PHOTO 2) (44 :23). Il dit avoir pris la décision de documenter l’évènement de façon qu’il n’y ait pas de jugement ou de perception d’émis et que ceci laisserait la place à une discussion ouverte, le tout étant accessible. Son oeil droit devient soudainement surdimensionné. C’est probablement la partie dont il est le plus fier. Il a également fait une micro-expression d’agressivité à la fin de cette information, démontrant son exaspération pour cette obligation de se protéger.

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Des gestes récurrents
Durant l’entrevue, James Comey s’exprime davantage avec sa main droite, nous indiquant qu’il demeure dans un état rationnel et que son discours est bien structuré. Dans la latéralité corporel, la signification générale des mouvements de la main droite est plus en lien avec le discours ou la logique, tandis que pour la main gauche, la signification générale est plus en lien avec les émotions. Cet homme est principalement interrogé sur des sujets qu’il maîtrise et qu’il a l’habitude d’aborder.

Un autre geste récurrent est celui de marteler la table de son index (PHOTO 3). L’index représente souvent l’extension du «Je». Ce doigt est bien tendu, il dénote le désir de dire. Le fait de marteler la table indique une fermeté des propos et le rythme et la récurrence, un côté méthodique.

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Également, James Comey baisse la tête après chaque intervention (PHOTO 4) (un exemple : 1:12:46). Il démontre ainsi, d’une façon neuro-motrice, qu’il clôt le sujet et qu’il est prêt à passer à autre chose. Il nous démontre qu’il complète ce qu’il sait.
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Tout au long de l’entrevue, ses pouces, souvent ascendants, démontrent un geste symbolique unissant les équipes. En occident, lever les pouces est positif et indique que nous avons bien travaillé ensemble. Sans le savoir, il nous montre qu’il est plutôt un homme d’équipe qu’un travailleur solo.

Le «non» logique vs le «non» illogique
En Synergologie, il existe le mouvement de négation de la tête indiquant un «non» sincère (logique), fait en montrant un axe de la tête rotatif droit en premier dans le mouvement et un «non» non sincère (illogique), fait en montrant un axe de tête rotatif gauche en premier dans le mouvement. Le «non» illogique doit être considéré en relation avec d’autres paramètres corporels comme un petit coup sec de la tête vers l’arrière qui part en fuite, la focalisation active du regard (un regard inquiet, soutenu, sans clignement de paupières) et/ou une bouche qui se ferme immédiatement après le «non».

James Comey fait principalement des «non» sincères. Ce qui est intéressant est que les quelques fois où il a fait un «non» avec un axe de tête rotatif gauche étaient reliées soit à l’environnement (l’emplacement de son interlocuteur) ou bien il rectifiait ou ajoutait l’information de lui-même par la suite. Cela démontre de la transparence volontaire de sa part.

La colère
Madame Feinstein, sénatrice, préside la chambre la Commission du renseignement prend à son tour la parole : «Savez-vous pourquoi vous avez été remercié?» (51 :46). James Comey : «Je ne suis pas certain, probablement à cause de l’enquête sur les liens avec la Russie.» À ce moment, l’œil droit de Monsieur Comey devient très grand, indiquant un intérêt intellectuel, donc un désir d’en connaitre davantage sur ce point. À la fin de sa réponse, il se ferme la bouche et recule sa tête vers l’arrière. Nous voyons poindre la colère. Cet état mental suggère qu’il retourne dans sa mémoire, la colère n’étant pas tournée vers Madame Feinstein, mais bien par rapport à un souvenir se rattachant à l’évènement. Ces indicateurs non verbaux auraient pu permettre à la Sénatrice de le questionner sur la façon dont il a vécu l’annonce de son congédiement et obtenir plus d’informations sur l’évènement. (Exemple PHOTO 5)
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Les questions de Madame Feinstein sont d’ordre relationnel plutôt que cognitif, ce qui semble sortir légèrement Monsieur Comey de sa zone de confort. Nous le voyons par le froncement de ses sourcils lorsqu’il écoute chacune des questions.

Le moment clé
Le moment le plus saillant de l’extrait vidéo survient à la question : «Vous a-t-il déjà demandé d’interférer dans une autre enquête?» (44 :58). Il est alors possible d’observer un changement drastique dans l’attitude intérieure de Monsieur Comey. Il y a un délai important avant de réponse et nous pouvons voir un haussement des sourcils qui indique l’ampleur de la situation. Il se passe clairement quelque chose ici, car il n’est pas présent avec l’interlocuteur, ses yeux se promènent de gauche à droite très rapidement et il semble réfléchir longtemps. Il n’a pas tout dit.

Et finalement, à 45 :25, il ajoute de lui-même l’information qu’il retenait quelques minutes auparavant. Appelons ce point : un moment-clé, celui qui vient appuyer l’hypothèse de départ : il révèle l’information qu’il retenait et qu’il dispose. Même scénario à 1:40:18 ainsi qu’à 1:58:57, il hésite un bref instant avant de répondre, venant encore une fois, confirmer l’hypothèse.

Les réactions de l’homme derrière Comey
Lors d’une analyse synergologique, il est crucial d’observer l’environnement. En fait, tous les gens présents sont intéressants. À quelques reprises, nous avons pu voir des réactions de l’homme derrière Monsieur Comey. Ces réactions sont en concordance avec le sujet discuté à ce moment précis. Durant une période spécifique, l’homme est très attentif aux questions de l’Assemblée et aux réponses de monsieur Comey. Nous voyons l’évolution de la bouche en crispation, il semble être soumis à une tension intérieure, c’est-à-dire que la lèvre inférieure devient de temps en temps blanche en dessous ce qui indique une rigidité dans le propos. La bouche ayant pour mission de «dire».

La réaction la plus vive est celle de 2 :03 :50 à la question: «Avez-vous eu connaissance de contacts faits entre l’équipe de Trump et la Russie?» L’homme derrière monsieur Clomey a une réaction vive. Il serre la bouche et fait un mouvement en rotation de chaque côté. Par cette mimique, il donne la même réponse que monsieur Comey c’est-à-dire: «je ne peux pas répondre à cette question». La bouche de l’homme démontre l’incertitude par ce mouvement subreptice.

À 2 :01 :30, il cesse de bouger pendant que Monsieur Comey réfléchit à retrouver une date. Lorsque monsieur Comey dit qu’il n’est pas certain de la date, l’homme fait le même mouvement de rotation (PHOTO 6) (2 :01 :43), indiquant qu’il est indécis dans les propos, comme si c’était lui qui était en avant. Il était donc très attentif, presque engagé dans la discussion.

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Le nom de Michael Flynn

Il y a eu un moment intriguant lorsque le nom de Michael Flynn a été énoncé. On fait référence à la discussion que M. Comey a eue avec Donald Trump concernant Michael Flynn. C’est le seul moment où James Comey regarde quelqu’un à sa droite, très rapidement. Il aurait été intéressant de voir qui s’y trouvait afin de pouvoir questionner selon le geste observé et relier ce regard, et donc cette personne, au sujet Monsieur Flynn. (1;18 :49)

La conclusion
Tout au long de l’entrevue, il n’y a pas de changement de rythme ni de clignement soudain ni de déglutition ou de mouvement de rejet. Les seuls gestes négatifs majeurs étaient les micro-expressions du visage exprimant de la colère (voir photos).

Bouche toujours fermée entre les propos, il répond le strict minimum tout en étant clair et complet dans ses réponses. Il n’a pas besoin de se déplacer sur sa chaise par perte d’ancrage soudain. Il n’a pas non plus besoin de se mettre hiérarchiquement au-dessus de ses interlocuteurs pour jouer le conquérant et «vendre» ses réponses. Son corps n’a pas la rigidité et l’hypertonicité d’un homme qui doit se battre pour défendre son point de vue. Le rythme de ses mouvements est parfois souple, parfois saccadé, suivant son état intérieur.

Le mouvement vocal est régulier (ton, intonation et rythme) et les marqueurs linguistiques sont confirmés par le mouvement du corps, parfois quelques minutes après l’énoncé.

Suite à l’analyse de cette entrevue, tout porte à croire que James Comey ait un langage corporel majoritairement concordant avec le discours et qu’il ne semble pas retenir d’information importante, selon les questions qui lui ont été posées.

 
- Christine Gagnon, synergologue
- Élizabeth G.-Richard, rédaction