Et votre sourire, que dit-il?

Il y a le sourire de la vendeuse, à la boutique de vêtements du coin, qui vous dit bonjour sans trop vous regarder. Il y a le sourire qui vous fait fondre, d’un homme qui vous remet le châle que vous avez échappé et le sourire de votre meilleure amie qui s’éclate avec vous. Que de sourires… et si différents! Et le vôtre, que dit-il?

La bouche: chef d’orchestre de la vie expressive1

La bouche constitue la partie du corps la plus apparente, la plus significative et la plus riche en informations. Chaque pensée s’y retrouve. Le passé, le présent et l’avenir y sont discutés.  Le réflexe de succion apparaît au cours du cinquième mois de la vie intra-utérine. Rapidement, le fœtus découvre son pouce et la sensation de plaisir que ce dernier est capable de lui procurer.

Depuis le premier jour de la vie, quand la bouche trouve le sein maternel, la sensualité naît aussi. C’est au niveau de cette partie du visage que se concentrent les pulsions. Chef d’orchestre de la vie expressive, la bouche est, en quelque sorte, la serrure de la pensée.

Une onde sans cesse renouvelée se dessine et se projette grâce à la contraction symétrique ou asymétrique d’un ou de plusieurs muscles qui reflètent le mouvement interne de la vie expressive.

La bouche est un émetteur-récepteur de messages. Elle dit aux autres, silencieusement, votre joie, votre amertume, votre colère, votre méfiance et bien d’autres choses encore.

Clef essentielle d’une voie de la communication verbale et non verbale, la bouche se trouve dans l’axe de symétrie du visage. Elle focalise, canalise, dirige et projette les différents messages issus de l’hémivisage droite rationnelle ou de l’hémivisage gauche, émotive.

Le sourire de Duchenne2

Le neurologiste Duchenne de Boulogne a réalisé une série d'expériences sur l'expression faciale de l'émotion.

Il a utilisé la photographie et la stimulation électrique des muscles du visage pour mettre en évidence les mouvements associés à l'expression des émotions.

Il remarqua notamment que les sourires exprimant une joie sincère se différencient des sourires volontaires par la contracion du muscle orbiculaire de l'oeil (orbicularis oculi), un muscle situé autour des yeux.

En outre, les sourires de Duchenne sont généralement associés à une activité asymétrique dans le lobe frontal, considérée comme un signe d’affect positif.

Les sourires universels

La bouche, accompagnée des dents, est un formidable transmetteur de messages par l’entremise du sourire. Mais on se doit de parler « des sourires » puisque le sourire se décline en plusieurs types, dont trois qui sont universellement répandus :

  • Le sourire simple est celui qu’on se fait à soi-même ou pour conclure une conversation.
  • Le sourire photo est celui de bienvenue ou d’accueil. Ce faux sourire est un sourire volontaire, considéré comme gentil. C’est un sourire de politesse. Nous pouvons également l’appeler le sourire professionnel. Il possède les mêmes caractéristiques que le sourire simple.
  • Le sourire sincère se produit uniquement avec des émotions authentiques (fente palpébrale inférieure surélevée 3), les extrémités gauche/droite de la bouche sont ascendantes. Tous les muscles du visage participent à la joie.

Le sourire dans tous ses états

Voici six intentions pour le sourire, en s’inspirant des études d’Henri Bergson 4.

  1. Sourire pour créer le lien: pour se faire apprécier, aimer, valoriser, avoir l’approbation de l’autre ou s’assurer une place de choix dans son milieu.
  2. Sourire pour masquer le malaise: afin de permettre de camoufler ou de maîtriser ses émotions quand un sujet délicat ou critique est abordé, par exemple.
  3. Sourire pour soulager un stress: fait nerveusement afin de masquer l’anxiété ressentie durant la conversation.
  4. Sourire pour persuader: utilisé pour convaincre l’autre de ses propos.
  5. Sourire pour gagner du temps: pour inventer une histoire ou pour éviter de répondre aux questions.
  6. Sourire par politesse: Ce sourire est souvent présent au début et à la fin d’une conversation.

Le sourire travesti

L’émotion travestie est la représentation d’une émotion qui n’est pas réellement ressentie, mais à laquelle nous cherchons à faire croire. Nous sourions mais nous ne trouvons pas nécessairement la situation drôle. Le sourire est donc fait avec les muscles du bas du visage seulement. Souvent le sourire y est (bas du visage), mais les yeux eux n’ont pas changé de taille. C’est le sourire « social », celui que nous devons montrer, car il est de mise de le faire, c'est-à-dire un beau sourire, mais avec des yeux trop grands.

La discipline de la synergologie a déjà constaté que la durée des sourires en situation de non-dits est plus longue qu’en situation de vérité.

Deux synergologues 5 québécoises ont aussi démontré que nous sourions par malaise et qu’une personne qui ment sourit pour créer le lien afin d’être appréciée de son interlocuteur. Comme si le menteur se disait: Tu me croiras beaucoup trop aimable pour te mentir!

Philippe Turchet 6 mentionne que les extravertis sourient souvent avec la bouche ouverte et les introvertis sourient un peu plus avec la bouche fermée et qu’un vrai sourire tend à avoir une durée plus courte qu’un faux sourire.

En conclusion, le sourire et le rire font partie de notre vie quotidienne et sont des éléments qui contribuent

à la rendre des plus agréables en compagnie de nos proches, amis, collègues, etc. Qui n’aime pas être en compagnie de gens souriants, qui par leur rire, communiquent de la gaieté et de la joie de vivre?

Allez… gardez le sourire!



1. Christine GAGNON (2004) La bouche dans tous ses états. Rapport, Montréal.

2. Guillaume Duchenne, un physiologiste qui analysa les expressions faciales en 1862 et a fait cette découverte.

3. Lorsque le muscle est surélevé, dans la zone de la fente palpébrale inférieure, cela nous indique que le sourire est sincère. http://en.wikipedia.org/wiki/Duchenne_de_Boulogne

4. Référence : Le rire. Essai sur la signification du comique (1900), Henri Bergson

5. Judith LAPIERRE et Dominique OLIVIER (2013) L'intention du sourire et du rire en situation de non-dits. Rapport, Montréal.

6. Philippe Turchet, Docteur (Ph-D) en Sciences du Langage, chercheur associé (Laboratoire MoDyCo/CNRS, Université Paris Ouest) et fondateur de la Synergologie